3

La sentinelle – un grand gaillard musclé, aux cheveux roux indisciplinés – appuya une épaule luisante de sueur contre le portail à double tourelle derrière lui et dit à Bak avec une franche gaieté :

— À cause de toi, tous les scribes de Bouhen ont le cœur au bord des lèvres, ce matin. Comment les bureaux fonctionneront-ils sans eux ?

— Mieux que d’habitude, à n’en pas douter.

Bak ne put réprimer un sourire, bien que jusqu’alors la matinée ne lui ait valu que des déceptions. De tous les scribes qui s’étaient rendus à la Maison des Morts, pas un n’avait pu identifier le défunt. Celui-ci n’avait pas signalé son passage à Bouhen.

La sentinelle éclata de rire :

— De ma vie, je n’avais vu autant de teints verdâtres !

Sa bonne humeur attira le regard curieux de vingt nouvelles recrues, qui défilaient tant bien que mal deux par deux au pied de la tour. Quelques-uns des jeunes gens ralentirent, d’autres gardèrent le pas et trébuchèrent sur les talons de ceux qui les précédaient. Leur sergent aboya un ordre et ils se remirent en formation. Au pas de course, ils sortirent de la large zone d’ombre projetée par la haute muraille et remontèrent la rue dans la lumière aveuglante du matin. Bak les suivit des yeux avec compassion, se remémorant ses propres débuts dans l’armée, jusqu’au moment où ils disparurent par la porte massive qui perçait la fortification extérieure, face au désert.

Les logements et les ateliers des civils qui travaillaient pour la garnison encadraient la voie. Contrairement à la citadelle, où les rues et les artères étaient tracées au cordeau, la ville extérieure se composait d’un fouillis de constructions réunies au hasard le long d’étroites ruelles sinueuses. Des terrains de sable à ciel ouvert, des enclos murés et des campements pour les soldats de passage occupaient le reste du vaste rectangle.

— J’ai bien peur que tu n’attendes en vain, reprit la sentinelle. Rien, si ce n’est un appel d’Amon lui-même, ne convaincrait Noferi de sortir par cette canicule. Elle se cache du soleil comme si elle craignait de fondre.

— Sa curiosité ne connaît pas de bornes. Elle viendra.

— Admettons ! dit joyeusement la sentinelle. Tu espères vraiment qu’elle le reconnaîtra, alors que ces scribes en ont été incapables ?

— Ce ne serait pas la première fois qu’un homme néglige de se présenter à l’administration, mais rend visite à un lieu de plaisir, répliqua Bak d’un ton pincé.

Il adressa une prière silencieuse à Amon pour que ce soit le cas. Sinon, il lui faudrait jeter ses filets de plus en plus loin et mener une course désespérée contre le temps. Vu la chaleur, le prêtre de la Maison des Morts jugerait bientôt nécessaire de placer le corps dans un tombeau de sable ou de l’embaumer.

En entendant un braiment apeuré, Bak remarqua le nuage de poussière montant de l’enclos des ânes, au sud-ouest de la forteresse. Les conducteurs de bestiaux marquaient au fer rouge un nouveau troupeau, arrivé la veille. Plus près, de minces volutes de fumée s’élevaient des forges. L’odeur âcre du métal fondu et du charbon incandescent se mêlait aux relents de fumier, faibles mais tenaces, et aux arômes de poisson et d’oignons frits.

Le doux crissement du sable sous des sandales lui fit tourner la tête vers le couloir intérieur de la tour. L’imposante silhouette blanche qui s’y avançait devint plus distincte et bientôt une vieille femme obèse en sortit. La sueur dégouttait de ses bajoues, formait des croissants sous les aisselles de son long fourreau blanc, plaquant l’étoffe entre ses seins lourds et tombants.

La vieille foudroya Bak du regard.

— Ne peux-tu jamais remplir tes obligations en début de matinée ou le soir, comme les gens civilisés ?

— Aurais-tu préféré que je te tire de ta couche, Noferi ? répliqua-t-il d’un ton sérieux, mais les yeux pétillant de malice.

— Comme si tu te souciais de mes commodités ! dit-elle en reniflant.

— Tu te crois plus résistante que les scribouillards qui se sont délestés de leur petit déjeuner, ma tendre agnelle ? intervint la sentinelle, un sourire hilare fendant son visage d’une oreille à l’autre.

D’un air faussement timide, elle tapota le pagne du garde à l’entrejambe.

— Moque-toi donc de moi ! Tu quémanderas mes faveurs bien assez vite, à ta prochaine visite dans mon établissement.

Le soldat se pressa contre Noferi comme si c’était elle qu’il venait voir, et non l’une des jeunes séductrices qui gagnaient leur pain dans son bordel.

En riant, Bak donna une claque amicale sur l’épaule de la sentinelle, prit Noferi par le bras et l’entraîna sur un petit chemin serré entre les maisons.

— Enjôle qui tu veux lorsque ton temps t’appartient, vieille femme, mais à présent tu as une besogne à accomplir pour moi seul.

Il vit bien qu’elle était flattée par cette remarque, suggérant qu’elle était encore capable d’attirer un homme dans son lit, surtout un jeune gaillard bien découplé comme la sentinelle, mais elle dégagea son bras d’un geste brusque et dissimula son plaisir sous un air renfrogné.

— Je regrette amèrement le jour où j’ai accepté de te fournir des renseignements. Sans cette promesse inconsidérée, je ne serais pas contrainte de te rejoindre pour un oui ou pour un non.

Elle marchait si vite que Bak avait de la peine à se maintenir à sa hauteur. Pour une femme qui se plaignait qu’on abusât de sa bonté, elle ne perdait pas de temps.

 

Comme toujours lorsqu’il se trouvait dans la Maison des Morts, Bak se sentait mal à l’aise. Les yeux lui brûlaient. L’air chaud et lourd l’enveloppait tel un manteau. La puanteur de la chair en décomposition, les suaves effluves des substances aromatiques utilisées pour l’embaumement et le nuage d’encens assaillaient ses narines. De la fumée montait d’une mauvaise mèche de lampe à huile, déployant ses volutes comme des émanations de l’au-delà. Bak y était déjà venu à maintes reprises, mais l’atmosphère oppressante lui donnait toujours l’impression de se tenir au seuil d’une éternité qu’il n’était nullement préparé à habiter.

Debout devant une table d’embaumement lui arrivant à hauteur des cuisses, Noferi examinait le corps nu, étendu dans la cavité pratiquée dans la surface de pierre. Elle pressait un carré de lin imprégné de parfum contre son nez et sa bouche.

— Le reconnais-tu ? demanda Bak, sûr d’obtenir une réponse négative après ce silence prolongé.

— Je crois bien que ce visage m’est familier.

Les yeux étroits et rusés de Noferi lui lancèrent un regard oblique.

— Peut-être que si tu stimulais ma mémoire en me consentant une petite faveur…

Il dissimula sa surprise et sa méfiance sous une expression sévère :

— Nous ne sommes pas au marché, vieille femme. Tu ne peux chicaner avec moi comme avec un marchand sur le prix d’un oignon.

— Je n’ai pas de fortune à proprement parler, et je ne suis plus dans ma prime jeunesse, se lamenta-t-elle. Pourtant, je dois progresser seule sur cette terre dure et cruelle. N’éprouves-tu aucune pitié ?

Sans se laisser émouvoir, il s’appuya contre la table vide, derrière lui, et croisa les bras sur sa poitrine.

— Avant de pouvoir déguster un melon, il faut l’arroser pour qu’il mûrisse.

Les rides se creusèrent au coin des paupières de Noferi, en une fugitive gaieté.

— J’ai vu cet homme vivant et en parfaite santé, il y a de ça quatre ou cinq mois. Il n’est sûrement resté qu’un jour, car je n’ai plus jamais posé les yeux sur lui.

Ainsi, elle le connaissait ! Bak pouvait à peine croire à sa chance.

— Continue, dit-il, toujours d’un air imperturbable et d’un ton placide.

— Mon établissement est peu spacieux alors que mes affaires prospèrent de jour en jour, remarqua-t-elle tristement. Ceux qui viennent boire de la bière doivent s’asseoir sur les genoux de ceux qui s’adonnent aux jeux de hasard. Ceux qui viennent bavarder tranquillement doivent hurler pour se faire entendre malgré le vacarme. Ceux qui…

Bak refréna son impatience devant ce petit manège qui l’aurait amusé d’ordinaire et se dirigea vers la porte. La pièce adjacente ne contenait qu’un panier de linge propre aux bords effilochés et quelques amphores en terre cuite.

— Tant pis, la vieille ! Si tu n’as rien de mieux à m’apprendre, je trouverai quelqu’un d’autre.

Elle l’observa, jaugeant la force de sa volonté. Il lui rendit son regard sans mot dire. Elle poussa un long soupir douloureux et se tourna vers la table.

— Ce jour-là, j’étais allée au marché plus tôt que de coutume. J’ai entendu des imprécations, aussi, comme d’autres, j’ai couru voir ce qui se passait. Un marin qui m’était inconnu frappait son petit serviteur avec un bâton. L’enfant, un garçon de sang mêlé qui n’avait pas plus de six ou sept ans, était prostré par terre, le dos, les bras et le visage en sang. Avant qu’un d’entre nous ait pu s’interposer, cet officier a fendu la foule, dit-elle en désignant le mort. Il a arraché l’arme des mains du marin et l’a jetée au loin, puis il l’a roué de coups avec son bâton de commandement, jusqu’à ce qu’il s’écroule et perde connaissance.

— Je n’ai entendu parler d’aucun incident de ce genre, objecta Bak, la considérant longuement, avec attention.

— Cela ne m’étonne pas ! Quand l’officier s’est agenouillé pour aider l’enfant, il a compris, comme nous qui regardions, que les dieux ne l’avaient doté ni de l’ouïe ni de la parole. Cet officier, qui était beau comme un dieu, a soulevé le petit avec une tendresse peu commune et nous avons reculé afin de les laisser passer. Il l’a emporté dans un navire de guerre amarré sur le quai.

Bak hocha la tête pour indiquer qu’il comprenait. Une forme sommaire de justice avait été rendue et, aux yeux des témoins, l’affaire était close. Il s’approcha de la table et examina le visage grisâtre du gisant. Un homme qui s’était conduit avec tant de noblesse aurait-il évité le Bureau des scribes, se croyant au-dessus de la loi ? Aurait-il arboré une boucle de ceinture à laquelle il n’avait rigoureusement aucun droit ?

— Tu es bien sûre qu’il s’agit du même homme ?

— C’est lui. Pose la question à ceux qui se trouvaient au marché ce matin-là, et ils te le confirmeront.

Les derniers doutes de Bak disparurent et il accorda à Noferi un sourire de satisfaction.

— C’est bien, vieille femme, c’est très bien. Et maintenant, dis-moi : as-tu entendu son nom et le lieu où il se rendait ?

Le sourire de Noferi n’était pas moins cauteleux qu’auparavant.

— J’ai grand besoin d’une demeure plus spacieuse. J’ai déposé une requête auprès de l’intendant en chef, mais il fait la sourde oreille. Seul le commandant a plus de poids que lui, hélas, moi, il ne m’écoutera pas.

— Révèle-moi tout ce que tu sais sur cet homme, et je convaincrai Thouti de tes mérites, bien que la tâche ne soit pas mince.

Avec un sourire triomphal, elle s’écarta de la table et se coula vers la porte.

— Il a embarqué sur un navire de guerre qui convoyait des troupes de remplacement vers les forteresses du Ventre de Pierres. Je suppose qu’elles ont toutes débarqué à Kor pour marcher vers le sud. Jusqu’où, je l’ignore.

Bak comprit qu’elle essayait de lui fausser compagnie. Il traversa la pièce en quelques enjambées et la retint par le coude.

— Tu n’as jamais su son nom ?

— À mon grand regret ! répondit-elle en secouant son bras pour déloger les doigts qui l’enserraient comme un étau. J’avais une folle envie de connaître cet être d’exception. Mais les rares personnes à l’avoir vu ignoraient tout de lui.

Amusé malgré lui de s’être laissé duper, Bak la poussa dans la pièce voisine. Un prêtre, agenouillé pour examiner le linge du panier, releva la tête en sursautant. Au-delà d’une seconde porte, un embaumeur se penchait sur le corps d’une jeune femme étendue sur une table. Épouse d’officier, elle était morte en couches pendant la nuit. Au moyen d’un instrument long et mince inséré par les narines, l’embaumeur extrayait la matière molle contenue dans le crâne. Une profonde bassine dont l’intérieur était dissimulé à la vue renfermait, conjectura Bak, soit le corps du fœtus, soit les organes extirpés par la fente béante pratiquée du côté gauche de l’abdomen.

— Tu ne reviendras pas sur ta parole, hein ? s’inquiéta Noferi. Je t’ai appris tout ce que je savais. C’est bien ce que tu voulais.

— Je parlerai au commandant en ta faveur, ainsi que je te l’ai promis, assura-t-il en lui passant le bras autour des épaules. Toutefois, pas avant qu’Amon soit reparti.

— Beaucoup d’hommes voudront célébrer la visite du dieu, fit-elle remarquer.

— Ces jours-ci, Thouti porte un trop lourd fardeau pour prêter une oreille attentive à ce genre de sollicitations. Il fermera son cœur à ta requête et tu n’auras plus aucune chance d’obtenir ce que tu souhaites.

Avec une moue boudeuse, elle se dégagea et emprunta le petit couloir qui débouchait sur la cour. La vieille femme passa rapidement devant Imsiba, posté dehors avec le marchand Seneb, et s’approcha d’un banc en brique crue à l’ombre des sycomores et des palmiers qui bordaient les hauts murs de clôture. Elle s’y laissa tomber avec une plainte qui interrompit les pépiements d’un passereau, et se pencha vers le petit vivier pour aspirer à pleins poumons la douce odeur des lotus blancs flottant à la surface. Bak sourit en son for intérieur. Elle n’était pas vexée au point de rentrer chez elle sans avoir assouvi sa curiosité.

Il ferma la porte derrière lui et, le goût de la mort encore au fond de la gorge, il toisa Seneb de la tête aux pieds. Les mains grasses du marchand étaient liées derrière son dos. Son pagne était sale et chiffonné. Bien qu’il n’ait apparemment pas subi de violences physiques, ses yeux effarés étaient sur le qui-vive. Que l’officier dont la grandeur d’âme avait séduit Noferi elle-même ait croisé le chemin de l’odieux marchand semblait fort improbable, néanmoins la question devait être posée, car les deux hommes venaient de l’amont.

— Ce chacal t’a-t-il renseigné sur ses voyages, Imsiba ?

— J’ai su me montrer persuasif, indiqua le grand Medjai en soupesant le long et lourd bâton qu’il avait sur lui.

Bak ajoutait peu de foi aux aveux extorqués par la force, mais, dans le cas de Seneb, il ne pouvait imaginer de moyen plus approprié.

— Quand a-t-il remonté le fleuve ?

— Il y a cinq mois, d’après ses dires, ce que confirme le laissez-passer trouvé dans ses vêtements.

— Noferi a vu notre homme voici quatre ou cinq mois. Il a omis de se présenter au Bureau des scribes avant son voyage vers le sud.

Bak s’exprimait à mots couverts, préférant laisser ignorer au marchand qu’il ne savait quasiment rien au sujet du défunt.

Le Medjai hocha la tête pour montrer qu’il comprenait. Si l’homme qui gisait dans la Maison des Morts était passé par Bouhen quatre mois plus tôt, Seneb se trouvait déjà en plein pays de Kouch. Si cela remontait à cinq mois, leurs routes avaient pu se rencontrer.

— J’emmène ce moins que rien à l’intérieur, et quand j’en aurai fini avec lui, je le reconduirai à sa cellule, annonça Bak en prenant le bâton des mains d’Imsiba. Entre-temps, parle avec Noferi. Lorsque tu auras entendu son histoire, renvoie-la chez elle. Va ensuite chercher Hori et vois s’il a eu de la chance ce matin.

Hori était le jeune scribe de la police. Bak l’avait réveillé au point du jour et lui avait enjoint de fournir le signalement du mort à tous les officiers de la garnison – besogne ingrate, mais nécessaire.

— Je le trouverai, affirma Imsiba.

Bak agrippa le marchand par la nuque et le poussa vers la porte.

— Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? geignit Seneb. Pourquoi m’a-t-on amené ici ?

— Jadis, quand cette misérable terre de Ouaouat était gouvernée par un roi qui n’était pas des nôtres, des vivants occupaient probablement ce lieu. À présent, continua Bak, ouvrant brusquement la porte et le forçant à franchir le seuil, il abrite les morts.

La fade puanteur arrêta Seneb comme s’il venait de heurter un mur.

— Que vas-tu me faire ?

Bak planta ses doigts dans le cou du prisonnier récalcitrant et le propulsa jusqu’à la pièce où gisait le corps sans nom.

Au pied de la table d’embaumement, Seneb tenta encore une fois de protester :

— Pourquoi me conduis-tu ici ? Que…

Son regard se posa sur le cadavre. Il cligna des yeux une fois, deux fois, se pencha pour voir ses traits de plus près.

— Le lieutenant Pouemrê !

Un sourire effleura ses lèvres, s’élargit, puis se transforma en un franc éclat de rire.

Bak le lâcha tant il était saisi. Il mit un moment à se rendre compte qu’il venait d’apprendre l’identité du mort, et, même alors, il était trop stupéfait par une réaction aussi incongrue pour se réjouir de ce succès inespéré.

Seneb allait et venait le long de la table. Il détaillait avec fascination le pied et la main mutilés, le corps couvert de plaies et d’ecchymoses. Il s’arrêta devant la tête du défunt, murmura : « Porc ! » et lui cracha dessus en pleine figure. Révolté, Bak entraîna le marchand à l’écart.

— Seneb ! Comment as-tu la bassesse de profaner un corps privé de vie ?

— Mon cœur nourrit de la haine envers cet homme depuis cinq longs mois, riposta Seneb d’un ton méprisant. Qu’attends-tu de moi ? Que je m’agenouille à son chevet pour offrir le pardon à son ka ?

Bak lui lança un regard noir et s’accorda le temps de réfléchir. La caravane de Seneb avait descendu le fleuve le même jour que le défunt. Les deux hommes avaient pu se rencontrer du côté du Ventre de Pierres et se laisser entraîner dans une altercation. Pourtant, si Seneb était le meurtrier, aurait-il réagi avec une telle surprise, une telle jubilation devant le corps de son ennemi ?

— Qu’a fait cet homme, ce lieutenant Pouemrê, pour mériter tant d’aversion ? demanda le policier.

— Il se croyait au-dessus des simples mortels et leur reprochait des défauts qu’il ne discernait pas en lui-même, répondit Seneb, la bouche tordue par la méchanceté.

— Je veux des détails précis, pas un simple jugement. De quoi lui tiens-tu grief ?

Le marchand hésita, comme s’il évaluait quelles informations étaient assez anodines pour être divulguées.

— Il… Il m’a traité avec dédain.

Les lèvres serrées, Bak plaça l’extrémité du bâton sous le menton de Seneb et lui repoussa la tête en arrière. Le prisonnier tenta de reculer, mais il était coincé par la table vide, derrière lui, juste au niveau de son postérieur charnu. Bak accentua la pression et força Seneb à se cambrer. Pris de panique, celui-ci s’accrocha à deux mains au bâton, les yeux exorbités.

Avec un sourire méprisant, Bak lui permit de se redresser presque à la verticale.

— Et maintenant, vas-tu continuer à te moquer de moi, ou es-tu prêt à me dire ce que je veux savoir ?

Les yeux rivés sur le bâton, Seneb essaya de déglutir.

— Alors que je remontais le fleuve, ayant pour destination le pays de Kouch, il m’a pris mon laissez-passer et l’a gardé des jours durant sans raison valable. Peu lui importait le temps que je perdais, les biens que je devais troquer contre une maigre pitance pour nourrir mes serviteurs et mes bêtes. Il m’aurait saigné aux quatre veines si je n’avais pu finalement plaider ma cause auprès du chef de la garnison.

Les pensées de Bak firent un bond en arrière jusqu’au matin précédent à Kor, et il se souvint de l’excuse invoquée par le marchand pour avoir imposé une marche forcée à sa caravane. Une lueur dangereuse brilla dans ses yeux.

— C’était donc l’officier d’inspection d’Iken, celui que tu tenais tellement à éviter au retour ?

Seneb voulut hocher la tête, mais le bâton lui bloquait toujours le menton.

— Oui, c’était lui.

— Tu n’avais pas les enfants avec toi, à l’aller, dit Bak, songeant à l’histoire de Noferi, et tes ânes étaient encore frais. Quelle raison avait-il de confisquer ton laissez-passer ?

— Aucune, je le jure !

Bak releva l’extrémité du bâton de la largeur d’un doigt, tirant un gémissement craintif du marchand.

— Je transportais des marchandises on ne peut plus ordinaires, je t’assure. Des poteries, divers outils, des perles, du lin. Ni plus, ni moins.

Seneb tournait les yeux dans tous les sens, mais pas une seule fois il n’affronta le regard du policier.

— Si ton Medjai avait eu l’intelligence d’apporter mon laissez-passer, tu aurais pu le constater par toi-même.

Bak était bien au fait des astuces multiples et variées auxquelles recouraient les caravaniers, les soldats et même les ambassadeurs royaux pour passer la frontière avec des objets précieux sans s’acquitter des taxes. Les faux laissez-passer n’étaient pas rares. Il exerça une nouvelle pression sur le bâton, repoussant le marchand si loin en arrière que celui-ci roula des yeux affolés.

— D’accord ! lâcha-t-il, la sueur de son front ruisselant dans ses oreilles et ses cheveux. Dans le désert, on a trouvé quatre baudets attachés à l’écart de la piste. Deux transportaient des armes, les autres des vins issus des meilleurs vignobles du nord de Kemet. Ce Pouemrê m’a accusé de les avoir cachés – sans doute un de mes serviteurs lui a-t-il soufflé cette calomnie dans l’intention de se venger d’un tort imaginaire –, et il a insisté pour que je sois puni par la trique aussi bien que par une amende. Alors que je n’étais au courant de rien !

Son regard se posa sur Bak et le fuit aussitôt.

— Par Amon, ces ânes n’étaient pas à moi ! Aurais-je laissé mes bêtes sans nourriture et sans eau ?

Bak était convaincu que c’était précisément ce qu’avait fait Seneb, et que Pouemrê avait pris sur lui de redresser un tort, tout comme lorsqu’il avait rossé le marin brutal. Un homme aux principes élevés. Ou le contraire ? Et qu’en était-il de la boucle de ceinture ?

Bak contempla le marchand avec dédain.

— Comment as-tu eu gain de cause auprès du chef de garnison, en dépit du lieutenant Pouemrê ?

— J’ai cru comprendre qu’ils n’éprouvaient pas de sympathie l’un pour l’autre.

— Et tu avais déjà sacrifié… Quoi ? La moitié de ton investissement en niant que tu possédais les animaux cachés et leur chargement ?

Seneb garda la bouche close, refusant de confirmer ou de démentir ces propos.

Bak baissa son bâton, empoigna le marchand par le bras et le tourna afin qu’il se trouve en face de l’officier assassiné.

— As-tu supprimé cet homme ?

— Tu m’accuses de… Non ! protesta Seneb, horrifié.

— L’as-tu rencontré par hasard, alors qu’il était seul, quelque part au bord du fleuve entre Iken et Kor ? T’es-tu approché de lui sans bruit pour l’assommer, sans lui laisser une chance de se défendre ?

— Non ! Demande à mes serviteurs ! Demande à ces petits miséreux que j’ai ramenés du pays de Kouch. Tous te diront que je n’ai jamais quitté la caravane. Non, pas une seule fois.

— Nous le leur demanderons, assura Bak d’un ton grave.

« Mais en obtiendrons-nous la vérité ? » se demanda-t-il. Ils vouaient au marchand une haine farouche et n’avaient plus de raison de le craindre. Ils mentiraient aussi volontiers pour le voir puni qu’ils l’auraient fait pour le protéger quand il tenait encore le fouet.

 

— Lieutenant Pouemrê, officier d’inspection à Iken.

Noferi savoura chacun de ces mots comme s’ils étaient plus succulents que du bon vin.

— Je ne peux imaginer qu’aucun des scribes ne s’en souvienne. Il était si bien bâti et si viril !

Bak rapprocha son trépied de la porte pour profiter de la brise du soir, et but une gorgée dans son bol ébréché. La bière qu’elle lui avait servie n’était pas la meilleure qu’elle avait à offrir, mais c’était exactement ce dont il avait besoin : assez épaisse pour enrober la langue et assez âpre pour chasser le goût de la mort.

— Ils ne l’ont jamais vu, expliqua-t-il avant de boire de nouveau, roulant la boisson rude à l’intérieur de sa bouche. Je suis retourné au Bureau des scribes en quittant la Maison des Morts. Les registres ne portent aucune mention d’un lieutenant Pouemrê se rendant à Iken ou en tout autre lieu situé en amont.

Noferi s’affala sur un tabouret, qui disparut sous ses cuisses flasques.

— On a déjà vu des fichiers s’égarer suite à une erreur de classement.

— Dis-le plutôt au chef des scribes !

Reculant sur son trépied, Bak posa la tête contre l’embrasure de la porte et parcourut des yeux la petite pièce encombrée. Depuis son arrivée à Bouhen, il s’était habitué à ses défauts et se sentait même chez lui entre ces murs, mais il comprenait le désir de Noferi de posséder un logis plus confortable. Des amphores et des jarres de bière s’empilaient le long des murs crasseux dont la peinture pelait. Une table où s’amoncelaient des bols en terre cuite, pour la plupart en pire état que celui qu’il avait entre les doigts, était repoussée contre le mur du fond et dissimulait en partie une porte à rideau donnant sur une seconde pièce. Des tabourets bas étaient disposés un peu partout, l’un d’eux supportant une pile de lampes en équilibre précaire. Après la Maison des Morts, les odeurs de sueur, de bière éventée et d’huile rance qui flottaient chez Noferi étaient presque agréables.

— Ce marchand est un serpent venimeux ! maugréa-t-elle. Tuer un si noble officier, quelle abomination !

— J’aimerais être aussi certain que toi de sa culpabilité, répondit Bak, qui regardait distraitement dans son bol presque vide.

— Tu en doutes ? s’étonna-t-elle, les yeux étrécis en deux minces fentes.

— Si tu ôtais la vie à un homme, proposerais-tu comme témoins de ton innocence onze personnes qui te détestent ?

Noferi se dandina sur son énorme derrière, sentant faiblir son assurance.

— J’aime à croire que les dieux m’ont dotée d’un peu plus de jugeote.

Bak souleva la jarre de bière posée entre eux sur le sol et remplit leurs bols. Somme toute, il était satisfait de sa journée, qu’il considérait plutôt comme un début que comme un aboutissement. Il avait trouvé les réponses qu’il cherchait, même si elles engendraient d’autres questions. Celles-ci, il en était sûr, pourraient être résolues à Iken. Il aspirait à s’y rendre en personne, au lieu d’y dépêcher un messager ainsi que le souhaitait le commandant Thouti. Mais, à l’instar de la lie dans son bol, il était prisonnier des circonstances.

Noferi brisa le silence :

— On prétend qu’Amon voyagera vers le sud jusqu’à Semneh pour y rencontrer le souverain kouchite Amon-Psaro, et que tu l’accompagneras, ainsi que Neboua. Est-ce vrai ? demanda-t-elle en baissant la tête vers le bol qu’elle tenait entre ses mains.

Ce brusque changement de conversation et l’indifférence calculée de sa voix incitèrent Bak à se redresser avec intérêt.

— Tu ne cesseras jamais de m’étonner, vieille femme. Moi-même, je n’ai été informé de cette mission que la nuit dernière.

— L’histoire est donc vraie.

— Neboua ira à coup sûr. Quant à moi, peut-être pas.

Certain que ces questions n’étaient pas gratuites, il se tint sur la défensive. Il expliqua néanmoins la décision du commandant de le charger de toutes les infractions graves commises au sein de sa zone de contrôle. Tandis qu’il parlait, une jolie jeune femme aux cheveux ébouriffés passa la tête par le rideau, derrière Noferi. Elle avait les paupières lourdes de sommeil, un sourire lent et nonchalant. Bak la salua du menton avec distraction. Il appréciait les plaisirs des sens tout autant qu’un autre, mais en temps et heure.

— Et donc, conclut-il mélancoliquement, comme Thouti a décidé d’attendre, j’ai l’impression d’être assis en haut d’un mur avec une terrible envie de sauter, sans savoir de quel côté.

Noferi se pencha pour prendre la jarre et grogna sous l’effort. Elle versa la bière dans le bol de Bak, puis dans le sien non sans force éclaboussures, et elle remarqua en pouffant de rire :

— Ou je ne te connais pas, mon bel et jeune ami, ou tu cherches déjà un moyen d’être en même temps des deux côtés du mur.

Avec un sourire, il porta son bol à ses lèvres pour lécher les gouttes qui avaient jailli sur le bord. La jeune femme derrière le rideau dénuda un joli petit sein, le caressa, et invita d’un signe Bak à la rejoindre. Il la voyait à peine. Les paroles de la vieille femme, tel l’aiguillon du bouvier, l’incitaient à oser, à aller de l’avant.

Noferi était aussi inconsciente de ses pensées que de la présence de la fille derrière elle.

— On dit que, si vraiment tu remontes le fleuve avec Amon, tu resteras à Semneh quelque temps au service du roi.

Elle avait repris ce ton trop désinvolte qui excitait la curiosité du policier. Il cessa de songer à ses propres désirs pour s’intéresser à ceux de la tenancière du bordel. Ce voyage en amont ne pouvait avoir de lien avec son ambition de s’agrandir. À moins que…

— Qu’attends-tu de moi, vieille femme ? Que j’arpente les villages des alentours à la recherche de quelques beautés d’ébène pour ton établissement ?

Le visage de Noferi s’éclaira et elle gloussa de joie :

— Ça, c’est une idée ! Je n’y aurais pas pensé, mais… Non, j’en discuterai plus tard avec Neboua. Il servira mieux mes desseins.

Se voyant incapable de retenir l’attention de Bak, la prostituée haussa les épaules et laissa retomber le rideau. Le lieutenant était intrigué. Que voulait Noferi ?

— Si tu as quelque chose à dire, vide ton sac. Imsiba ne va pas tarder et je n’aurai plus le temps d’écouter tes insatiables exigences.

Elle regarda fixement ses mains, perdue dans un souvenir secret qui adoucissait ses traits lourds et prêtait une chaleur inhabituelle à sa bouche et à ses yeux.

— J’ai connu Amon-Psaro autrefois, voici bien des années.

— Toi, vieille femme ? demanda Bak, incrédule.

— Il sortait à peine de l’enfance, et pourtant il était plus mûr que la plupart de ceux avec qui j’ai couché. Fort, fougueux, mais en même temps doux et bon. Un homme supérieur à tous les autres, dès cette époque.

— Ce que tu prétends est impossible. Tu n’es jamais allée au-delà de Kor, tu me l’as dit toi-même.

La poitrine massive de Noferi s’éleva et s’abaissa en un soupir exagéré.

— Cela s’est passé il y a plus de vingt ans, dans notre capitale de Ouaset. Il était prince, alors, ramené en otage à Kemet par les soldats d’Aakheperenrê Touthmosis[4], après leur victoire sur son père au pays de Kouch.

« Se pourrait-il qu’elle dise la vérité ? » se demandait Bak. La guerre dont elle parlait était la dernière que les armées de Kemet avaient livrée dans ce malheureux pays. Les fils des rois vaincus, futurs héritiers du trône, étaient fréquemment emmenés à Ouaset pour vivre au palais royal. Élevés en compagnie des enfants les plus nobles du pays, adoptant leurs coutumes et nouant avec eux de solides amitiés, ils regagnaient leur patrie devenus de solides alliés de la nation conquérante.

Entendant des voix dans la ruelle, Bak se pencha en arrière sur son tabouret et regarda par la porte. À quelque distance, Imsiba bavardait avec trois lanciers. Bak finit sa bière d’un trait et se leva, prêt à partir.

— Quant à moi, minauda Noferi en le regardant à la dérobée, j’étais jeune et belle alors. J’éveillais le désir de bien des hommes. Amon-Psaro était du nombre.

Toutes ces coquetteries convainquirent Bak qu’elle essayait de le duper pour la seconde fois de la journée. Lui adressant son plus charmant sourire, il se pencha vers elle et lui pinça la joue.

— Tu n’as jamais été ni jeune ni belle, Noferi.

Elle le considéra avec une expression si menaçante qu’il crut un instant qu’elle allait le gifler. Puis elle se mit à rire, d’un gros rire bruyant qui agita tous les bourrelets de graisse sous sa longue robe blanche.

Bak ressentait quelque remords de s’être moqué d’elle. Il lui prit les mains pour l’aider à se lever.

— Viens, Imsiba est dehors. Sans doute a-t-il passé le plus clair de l’après-midi à interroger ces malheureux que Seneb a ramenés du sud. Il a bien mérité une récompense. Une jarre de ta meilleure bière devrait faire l’affaire.

 

— Tu veux donc que je me rende à Iken, dit Imsiba d’un ton plat, avec une expression réprobatrice.

Bak écarta un panier de petits pains croustillants pour s’asseoir à sa place sur la deuxième marche de l’escalier découvert montant vers le toit. Une poussière impalpable flottait dans un rayon de soleil.

— Le commandant m’a ordonné d’envoyer un messager, et c’est toi que j’ai choisi.

— Et pour Seneb ? Je n’ai pas encore fini d’interroger les membres de sa caravane.

Bak avait défini avec exactitude son plan d’action et il n’était pas près de s’en laisser détourner.

— Ne suis-je pas capable de les interroger aussi bien que toi ?

Imsiba posa un regard renfrogné sur le monde en général. Bak s’adossa contre les marches et parcourut son logis des yeux avec la satisfaction inconsciente d’un homme qui a connu la vie à la caserne. La pièce où ils étaient assis était petite et simple avec son sol de terre battue et ses murs blanchis à la chaux. Un tabouret était placé dans l’entrée, l’autre dans un coin, au milieu de paniers d’osier contenant des rouleaux de papyrus, une écritoire, de l’encre et des pots à eau – les instruments de travail d’Hori. Une porte à l’arrière donnait sur la chambre à coucher de Bak, la deuxième sur celle du scribe. Un gros chien blanc, au museau large et aux oreilles tombantes, dormait entre les deux. Ses pattes et sa queue touffue frémissaient sous l’effet d’un rêve.

Se résignant à l’inévitable, Imsiba s’assit sur le tabouret de l’entrée, tournant le dos à l’étroite ruelle brûlée par le soleil.

— Que devrai-je faire une fois là-bas ? Ou, plus exactement, quelles sont tes instructions personnelles, une fois que j’aurai annoncé la mort du lieutenant Pouemrê ?

Bak lança à son ami un regard de feinte innocence :

— M’attribuerais-tu des intentions secrètes, Imsiba ?

— Mon ami, lorsque tu me confies une mission sortant de l’ordinaire, je te connais trop bien pour m’arrêter à son aspect superficiel.

Bak prit un petit pain du panier et, éclatant de rire, le lança au Medjai qui l’attrapa au vol en souriant malgré lui.

— Un jour je t’étonnerai, mais pas aujourd’hui.

Il reprit son sérieux et se pencha en avant, les coudes sur les genoux.

— Si l’homme qui a tué Pouemrê est d’ores et déjà capturé, l’affaire est close. Tout ce que je te demande, alors, c’est de satisfaire ma curiosité. En quoi le lieutenant a-t-il mérité une fin si ignoble ? Pour quelle raison avait-il évité de se faire enregistrer ici, à Bouhen ? Pourquoi portait-il cette boucle de ceinture ?

— Si le meurtrier avait été pris, Thouti aurait reçu un message depuis longtemps, surtout si le lieutenant Pouemrê était de noble naissance.

— Cela tombe sous le sens, n’est-ce pas ? Pourtant, le commandant n’a même pas été averti de sa disparition, répliqua Bak, haussant un sourcil cynique. Ne penses-tu pas que l’absence d’un officier aurait dû être remarquée, à l’heure qu’il est ?

— Tu vois peut-être un mystère là où il n’y a que du vent, dit le Medjai sans conviction.

— Pars pour Iken demain, au lever du jour. Entretiens-toi avec le chef de la garnison et apprends-en le plus possible. Si la mort de Pouemrê demeure inexplicable, je devrai m’y rendre aussitôt. La piste est déjà vieille de deux jours. Lorsque tu reviendras, trois auront passé, et un quatrième avant que j’arrive sur place.

— Ne vas-tu pas trop vite en besogne, mon ami ? Le commandant Thouti n’a pas encore pris sa décision.

— Le mort était un officier, Imsiba, et, selon toute apparence, un homme de qualité.

Le Medjai marmonna quelques récriminations dans sa langue natale.

— Ce lieutenant n’aurait pu être tué à un moment plus inopportun. Tu devrais remonter le fleuve avec nous, au lieu de passer tes journées à Iken, à remuer les immondices.

— Je ne sais pas avec certitude quand Amon parviendra à Bouhen, ni au bout de combien de temps il atteindra Iken. Six ou sept jours, à mon avis. Peut-être plus.

La bouche de Bak se serra en une mince ligne obstinée.

— J’espère mettre la main sur le coupable bien avant.

— J’aimerais te croire, mon ami, répondit Imsiba, sceptique.

— Je me sens tel un homme qui se voit offrir deux pigeons bien gras sans qu’on lui donne la chance d’en savourer un seul. J’échouerai peut-être, mais je compte bien essayer de ne me priver d’aucun des deux.

La main droite d'Amon
titlepage.xhtml
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Haney,Lauren-[Bak-01]La main droite d'Amon(1997).French.ebook.AlexandriZ_split_024.html